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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2002 - Corinne Lepage : "L'environnement, c'est la vie"

MOTS DE CAMPAGNE Source : EPOC - Archives

En 2002, l'écologie française se présente divisée devant les électeurs, et Corinne Lepage entend incarner une autre voie que celle des Verts. Ancienne ministre de l'Environnement, avocate réputée, elle porte les couleurs de son mouvement CAP21 avec un slogan d'une simplicité désarmante : « L'environnement, c'est la vie ». Trois mots pour ramener l'écologie à son évidence première, la préservation de ce qui rend la vie possible, loin des querelles d'appareil qui minaient alors la famille écologiste.

Le sens du slogan tient dans cette équation élémentaire. « L'environnement, c'est la vie » refuse de faire de l'écologie une préoccupation parmi d'autres, un supplément d'âme ou une lubie de nantis : elle la pose comme la condition même de l'existence. L'air, l'eau, la santé, l'alimentation, le climat — tout ce qui permet de vivre relève de l'environnement, et le négliger revient à menacer la vie elle-même. Le message adressé aux électeurs est celui d'une écologie de bon sens, universelle, détachée des étiquettes partisanes. Corinne Lepage cherche à parler à tous, de droite comme de gauche, à ceux que le mot même d'écologie effraie ou lasse, en montrant qu'il ne s'agit pas d'idéologie mais de survie. Le choix stratégique consiste à installer une écologie centriste, humaniste, réformiste, distincte de celle des Verts jugés trop marqués à gauche. Le slogan, volontairement consensuel, veut rassembler plutôt que cliver.

La genèse de la candidature est celle d'une rupture avec les partis de gouvernement. Avocate spécialiste du droit de l'environnement, Corinne Lepage avait été ministre de l'Environnement de 1995 à 1997, dans le gouvernement d'Alain Juppé. De cette expérience elle avait tiré la conviction que l'écologie ne serait jamais prise au sérieux tant qu'elle resterait subordonnée aux logiques partisanes. Elle fonde alors CAP21 — Citoyenneté Action Participation pour le XXIe siècle —, mouvement écologiste et centriste, avant de se lancer dans la course présidentielle de 2002. Le slogan « L'environnement, c'est la vie » résume cette ambition de sortir l'écologie du clivage droite-gauche. L'affiche et la campagne cultivent une image sérieuse et posée, celle d'une femme d'expertise et de dossiers, à distance des postures militantes ; l'écologie qu'elle propose se veut compétente et gouvernementale.

L'épreuve de la campagne fut celle de l'écrasement par le nombre. Le scrutin de 2002 comptait seize candidats, record absolu, et l'offre écologiste elle-même se trouvait éclatée : Noël Mamère pour les Verts, qui allait réaliser le meilleur score de l'histoire de l'écologie française, capta l'essentiel du vote environnementaliste. Corinne Lepage, moins connue du grand public, dépourvue de l'appareil d'un grand parti, ne parvint pas à imposer sa singularité centriste dans une campagne saturée. Son slogan « L'environnement, c'est la vie », consensuel jusqu'à la banalité, manqua du tranchant nécessaire pour émerger d'une telle cohue. La candidature ne subit pas de détournement notable ; elle souffrit surtout de l'invisibilité, noyée parmi les prétendants et éclipsée, sur son propre terrain, par le candidat écologiste de gauche. La dispersion des voix, ce 21 avril 2002, allait d'ailleurs produire le séisme que l'on sait, en portant Jean-Marie Le Pen au second tour.

La postérité de la formule dépasse de loin le score modeste qui l'accompagna. « L'environnement, c'est la vie » anticipait une évolution profonde du regard sur l'écologie : le passage d'une cause militante et marginale à une préoccupation vitale, sanitaire, quotidienne, que les crises des décennies suivantes — climat, pollutions, pandémie — ne cesseraient de confirmer. L'écologie humaniste et transpartisane défendue par Corinne Lepage, raillée en 2002 comme un centrisme mou, allait trouver un écho croissant. Elle-même poursuivit son combat, se rapprochant du centre puis devenant députée européenne, fidèle à l'idée d'une écologie affranchie des dogmes. Le slogan reste comme l'expression d'une intuition juste : que la défense de l'environnement finirait par s'imposer non comme une opinion, mais comme une évidence de survie. Le divorce entre la justesse du propos et la faiblesse du résultat résume le destin d'une pionnière en avance sur son temps.

Au soir du premier tour, le 21 avril 2002, Corinne Lepage recueille 1,88 % des suffrages. Éliminée, elle assiste à un second tour bouleversé, où Jacques Chirac écrase Jean-Marie Le Pen, le 5 mai, avec plus de 82 % des voix. L'écologie humaniste qu'elle portait n'avait pas trouvé son électorat ; le temps, lui, allait donner raison à son slogan.