Le 24 mai 2026, au Palais des Congrès de Cotonou, Romuald Wadagni a prêté serment comme président de la République du Bénin. À peine investi, il annonçait dans la foulée la composition de son premier gouvernement. Six semaines plus tôt, le 12 avril, il avait été élu dès le premier tour avec 94,05 % des voix, un score que la Cour constitutionnelle a confirmé. Son unique adversaire, Paul Hounkpè, avait reconnu sa défaite dès le soir du scrutin. À quarante-neuf ans, l'ancien argentier du pays accédait à la magistrature suprême.
Né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du Bénin, Wadagni est d'abord un homme de chiffres avant d'être un homme politique. Il fête aujourd'hui ses 50 ans.
Diplômé d'une école de commerce à Grenoble puis de la Harvard Business School, il devient expert-comptable certifié en France et aux États-Unis. Sa carrière se déroule pour l'essentiel chez Deloitte, où il passe environ dix-sept ans, de Paris à Boston en passant par New York, Lyon et la République démocratique du Congo. À trente-six ans, il y est nommé directeur général et associé, chargé de la qualité et des risques pour les filiales d'Afrique francophone. Rien, dans ce parcours de cabinet international, ne le destinait a priori à la politique béninoise.
Tout bascule en avril 2016, quand le président nouvellement élu Patrice Talon le nomme ministre de l'Économie et des Finances. Wadagni n'a alors jamais exercé de mandat. Il restera pourtant à ce poste durant tout le règne Talon, reconduit en 2021 et élevé au rang de ministre d'État. Pendant dix ans, il pilote les finances publiques du pays, conduit la consolidation budgétaire et place le Bénin sur les marchés internationaux : sous sa houlette, le pays réalise sa première émission obligataire en euros. Cette longévité fait de lui l'une des rares constantes d'un exécutif réputé pour son renouvellement.
Sa désignation comme candidat de la majorité présidentielle pour 2026 a scellé un statut que la presse résumait d'une formule : le dauphin de Talon. Le président sortant, non rééligible après deux mandats, a porté la candidature de son ministre des Finances, faisant de Wadagni l'héritier d'un bilan autant que le garant d'une continuité. L'enjeu, pour le nouveau président, sera de prouver qu'il existe en dehors de cette filiation.
L'élection elle-même n'a pas échappé aux critiques. Le scrutin n'opposait que deux candidats, l'opposition réunie autour du parti Les Démocrates ayant vu sa candidature écartée faute de validation, en raison de règles de parrainage jugées particulièrement restrictives. Le score écrasant de Wadagni, dans une compétition dont le principal adversaire avait été mis hors course, a nourri les accusations d'un processus verrouillé, dans la lignée des réformes électorales contestées du second mandat Talon. La participation et la sincérité du vote restent des points de débat.
Dans son discours d'investiture, le nouveau chef de l'État a placé son mandat sous le signe de la continuité plutôt que de la rupture. Il s'est présenté comme « le continuateur de la tradition béninoise de paix » et a appelé à une « continuité dans l'unité », écartant l'idée de « ruptures brutales ». Le ton, mesuré et gestionnaire, est à l'image de l'homme : un technocrate rompu aux équilibres financiers plus qu'un tribun. Son mandat, de sept ans renouvelable, fait de lui le cinquième président depuis le renouveau démocratique béninois de 1990.
Les chantiers ne manquent pas. Le Bénin affiche des taux de croissance solides mais doit transformer cette performance macroéconomique en amélioration tangible du quotidien, dans un pays où la pauvreté reste répandue. La sécurité régionale constitue l'autre front : le nord du pays subit la pression des groupes armés liés à l'insurrection sahélienne, qui débordent depuis le Burkina Faso et le Niger voisins. Le développement social, que Wadagni a inscrit en tête de ses priorités, devra composer avec ces menaces.
L'expert-comptable devenu chef d'État aborde donc son mandat avec un double héritage : la crédibilité financière qu'il a construite en dix ans à Bercy béninois, et le soupçon d'un scrutin sans véritable opposition. Sa capacité à élargir son assise au-delà du cercle Talon, et à se faire reconnaître comme président de tous les Béninois, déterminera la suite. Le premier test viendra de la composition et des premières décisions du gouvernement qu'il vient de former.