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UN JOUR, UN PAYS

Namibie, le coffre-fort du désert

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Le 21 mars 2025, à Windhoek, une femme de soixante-douze ans a prêté serment sous un soleil de plomb, faisant de la Namibie l'un des rares pays africains dirigés par une présidente. Netumbo Nandi-Ndaitwah, ancienne combattante de la lutte pour l'indépendance et diplomate chevronnée, a remporté dès le premier tour l'élection de novembre 2024 sous les couleurs de la SWAPO, le mouvement au pouvoir depuis la naissance de l'État. Un an plus tard, en juin 2026, elle signait à Dar es Salaam une série d'accords miniers et commerciaux avec la Tanzanie, confirmant une diplomatie tournée vers l'intégration régionale. Son mandat, ouvert sur la promesse de cinq cent mille emplois et de la gratuité de l'enseignement supérieur public à compter de 2026, met à l'épreuve un pays riche en ressources mais miné par les inégalités.

La Namibie est d'abord une affaire de vide et d'immensité. Sur une superficie comparable à celle du Nigeria vivent à peine trois millions d'habitants, ce qui en fait l'un des territoires les moins densément peuplés de la planète. Deux déserts encadrent le pays : à l'ouest, le Namib, l'un des plus anciens du monde, dont les dunes ocre plongent directement dans l'Atlantique le long de la Côte des Squelettes, jonchée de carcasses de navires échoués ; à l'est, le Kalahari, étendue semi-aride partagée avec le Botswana et l'Afrique du Sud. Entre les deux, un plateau central abrite la capitale et l'essentiel de la population. Le fleuve Orange dessine la frontière méridionale, l'Okavango irrigue le nord avant de se perdre dans les marais du delta voisin. Cette géographie aride commande tout : l'eau y est rare, l'agriculture précaire, et l'économie repose sur ce que recèle le sous-sol.

Car la Namibie est un coffre-fort minéral. Le pays figure parmi les premiers producteurs mondiaux de diamants, extraits jusque sur les fonds marins au large de Lüderitz, et compte parmi les grands fournisseurs d'uranium, avec des mines géantes comme Rössing et Husab. L'or, le zinc et le cuivre complètent la panoplie, et les récentes découvertes d'hydrocarbures au large des côtes attisent l'appétit des compagnies internationales. Cette manne, pourtant, ne se traduit pas en prospérité partagée : la Namibie affiche l'un des coefficients de Gini les plus élevés du monde, séquelle directe d'une histoire coloniale qui a concentré la terre et le capital entre les mains d'une minorité.

Cette histoire est marquée par une violence fondatrice que le pays n'a pas fini de solder. Peuplée depuis des millénaires par les San et les Khoïkhoï, puis par les populations bantoues venues du nord, la région fut colonisée à la fin du dix-neuvième siècle par l'Empire allemand, qui en fit le Sud-Ouest africain. Entre 1904 et 1908, l'administration coloniale réprima les révoltes des Herero et des Nama par une campagne d'extermination que les historiens considèrent comme le premier génocide du vingtième siècle : dizaines de milliers de morts, populations poussées dans le désert pour y périr de soif, camps de concentration. En 2021, l'Allemagne a officiellement reconnu ce génocide et promis plus d'un milliard d'euros d'aide au développement, un accord jugé insuffisant par de nombreux descendants des victimes, qui réclament des réparations directes et une renégociation.

Après la Première Guerre mondiale, le territoire passa sous mandat sud-africain. Pretoria y étendit son système d'apartheid, spoliant les terres et parquant les populations noires dans des bantoustans. La résistance s'organisa autour de la SWAPO, qui lança à partir de 1966 une guerre de libération appuyée par l'Angola et les pays du bloc de l'Est, tandis que le conflit se mêlait à la guerre froide et aux affrontements régionaux impliquant Cuba et l'Afrique du Sud. L'indépendance ne fut arrachée qu'en 1990, sous supervision des Nations unies, faisant de la Namibie l'un des derniers pays africains à se libérer de la tutelle coloniale. Sam Nujoma, figure historique de la SWAPO et premier président, est devenu le père fondateur d'une nation qui a su, contre les pronostics, préserver une réconciliation relative et une stabilité institutionnelle rares sur le continent.

Depuis, la SWAPO n'a jamais quitté le pouvoir, ce qui pose la question classique des démocraties dominées par un parti de libération : la Namibie tient des élections régulières et respecte l'alternance des personnes, mais l'ancrage d'une seule formation limite le renouvellement des idées. La présidente Nandi-Ndaitwah incarne cette continuité tout en tentant d'y insuffler du mouvement. Sa priorité affichée reste l'emploi des jeunes, dans un pays où le chômage frappe une part considérable de la population active et pousse une jeunesse diplômée vers l'amertume. La gratuité annoncée de l'enseignement supérieur, entrée en vigueur cette année, est un pari social à la mesure de cette urgence.

Le mois de juin 2026 a illustré la manière dont Windhoek entend jouer sa carte régionale. En scellant à Dar es Salaam de nouveaux accords économiques et miniers, la présidente a prolongé une diplomatie pragmatique qui cherche des partenaires au-delà de l'ancienne tutelle sud-africaine et des puissances occidentales, sans rompre avec elles. La Namibie mise sur ses ports, notamment Walvis Bay, pour devenir un débouché atlantique des pays enclavés d'Afrique australe, et sur l'hydrogène vert, dont les projets pharaoniques annoncés dans le sud désertique promettent, sur le papier, une révolution énergétique.

Reste l'épreuve du réel. Le pays a traversé des sécheresses répétées qui ont décimé le bétail et menacé la sécurité alimentaire, rappelant la vulnérabilité d'un territoire suspendu au climat. La question foncière, héritée de la colonisation, demeure explosive, et la redistribution des terres agricoles avance lentement. Les futures recettes pétrolières et gazières, si elles se concrétisent, offriront une opportunité historique ou reconduiront la malédiction des ressources. La présidente Nandi-Ndaitwah a placé son mandat sous le signe de l'emploi et de l'équité. Le prochain recensement des chômeurs, plus que ses discours, dira si le pari a tenu.