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ZIMBABWE

21 novembre 2017 démission de Robert Mugabe. La fin d'une ère au Zimbabwé

Robert Mugabe, figure emblématique de la lutte pour l'indépendance du Zimbabwe, est arrivé au pouvoir en 1980, mettant fin à des années de domination coloniale britannique. Né en 1924, Mugabe était un intellectuel et enseignant, qui s'est rapidement tourné vers la politique en réaction à l'oppression raciale et coloniale. Il est devenu un leader clé de la ZANU (Zimbabwe African National Union), un mouvement qui joua un rôle crucial dans la lutte pour l'indépendance.

Mugabe prit la tête du nouveau Zimbabwe en tant que Premier ministre en 1980, avant de devenir président en 1987. Son début de règne fut marqué par des politiques sociales ambitieuses, notamment dans l'éducation et la santé. Le Zimbabwe, sous sa direction, se vantait d'avoir un des meilleurs systèmes éducatifs et de santé en Afrique. Mugabe était alors célébré comme un héros libérateur, un symbole de l'émancipation africaine contre l'oppression coloniale.

Cependant, au fil des années, le règne de Mugabe prit une tournure autoritaire. Sa gestion du pouvoir devint de plus en plus autocratique, caractérisée par une répression politique croissante, la manipulation électorale, et la corruption. Sa politique de redistribution des terres, bien que populaire parmi sa base, fut désastreuse économiquement et socialement. La confiscation des terres agricoles détenues par des Blancs, souvent sans compensation ni planification, entraîna une chute drastique de la production agricole. Cette politique eut des répercussions négatives sur l'économie du pays, entraînant inflation, chômage, et une forte baisse du niveau de vie.

Le Zimbabwe, sous Mugabe, devint progressivement un État paria sur la scène internationale. Les pays occidentaux, critiquant les atteintes aux droits humains et la dégradation de la démocratie, imposèrent des sanctions économiques, aggravant la crise économique du pays. En réponse, Mugabe renforça ses discours anti-occidentaux, se présentant comme un défenseur de l'Afrique contre l'impérialisme.

À mesure que Mugabe vieillissait, les inquiétudes quant à sa succession et la stabilité du pays s'intensifièrent. Les luttes de pouvoir au sein de son parti, la ZANU-PF, devinrent de plus en plus apparentes. Mugabe, malgré son âge avancé et sa santé déclinante, refusait de désigner un successeur, alimentant les spéculations et les tensions.

Le règne de Mugabe, bien que débutant comme une promesse d'émancipation et de progrès, se transforma ainsi en une histoire de pouvoir autoritaire et de déclin économique. Sa capacité à maintenir son emprise sur le pouvoir pendant près de quatre décennies demeure un témoignage de son habileté politique, mais aussi de la fragilité des institutions démocratiques dans le contexte africain. Ce contexte posa le décor pour les événements tumultueux de 2017, qui conduisirent finalement à sa démission.

Événements menant à la démission de Mugabe

La fin du règne de Robert Mugabe ne fut pas le résultat d'un seul événement, mais plutôt l'aboutissement d'une série de crises politiques et économiques qui s'aggravaient depuis des années. Au cœur de ces tensions se trouvait la question de sa succession et la fracture grandissante au sein de son parti, la ZANU-PF.

Dans les années précédant sa démission, Mugabe, alors nonagénaire, ne montrait aucun signe de vouloir quitter le pouvoir. Cependant, sa santé déclinante et son âge avancé suscitaient des inquiétudes quant à la stabilité politique future du Zimbabwe. Deux factions au sein de la ZANU-PF luttaient pour le pouvoir : l'une dirigée par sa femme, Grace Mugabe, et l'autre par son vice-président, Emmerson Mnangagwa.

La situation s'est envenimée en novembre 2017, lorsque Mugabe a brusquement limogé Mnangagwa, un geste largement interprété comme une tentative de positionner sa femme pour la succession. Cette décision a exacerbé les tensions au sein du parti et de l'armée, qui voyait Mnangagwa comme leur allié.

Le 15 novembre 2017, l'armée zimbabwéenne est intervenue, prenant le contrôle de la capitale, Harare, et plaçant Mugabe en résidence surveillée. Les chefs militaires ont insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'État, mais plutôt d'une action pour cibler les "criminels" autour de Mugabe qui étaient en train de "causer des souffrances sociales et économiques dans le pays". Cette intervention militaire a été largement soutenue par la population zimbabwéenne, lasse de la corruption et de la gestion économique désastreuse de Mugabe.

La pression s'est intensifiée lorsque les membres de la ZANU-PF ont commencé à se retourner contre Mugabe, le destituant de la présidence du parti et exigeant sa démission. Dans le même temps, des manifestations massives éclataient dans tout le pays, avec des citoyens de tous horizons politiques appelant à la fin de son règne.

Finalement, le 21 novembre 2017, après plusieurs jours de négociations et de pressions, Robert Mugabe a annoncé sa démission dans une lettre adressée au Parlement, mettant fin à 37 ans de règne. Cette démission a été accueillie par des scènes de joie et de célébration dans tout le Zimbabwe, signe de l'immense soulagement et de l'espoir d'un nouveau départ pour le pays.

La démission de Mugabe a marqué un tournant décisif dans l'histoire du Zimbabwe. Elle a non seulement mis fin à une époque de gouvernance autoritaire, mais a également ouvert la voie à une transition politique incertaine, avec de nombreuses questions sur l'avenir du Zimbabwe dans l'ère post-Mugabe.


Les réactions nationales et internationales

La démission de Robert Mugabe a été accueillie par une explosion de joie dans les rues de Harare et d'autres villes du Zimbabwe. Les images de citoyens dansant, chantant et embrassant les soldats dans les rues symbolisaient la fin d'une époque qui avait été marquée par une répression intense et une détérioration économique. Pour beaucoup de Zimbabwéens, c'était l'espoir d'un nouveau départ après des décennies de souffrances sous le règne de Mugabe.

À l'international, la réaction a été largement positive, bien que prudente. De nombreux gouvernements et organisations internationales, qui avaient depuis longtemps critiqué Mugabe pour sa mauvaise gouvernance et ses violations des droits humains, ont vu dans sa démission une occasion pour le Zimbabwe de se reconstruire sur des bases plus démocratiques et prospères.

Des figures politiques et des dirigeants du monde entier ont exprimé leur soutien au peuple zimbabwéen dans ce moment de transition. Cependant, ils ont également souligné la nécessité d'une transition pacifique et ordonnée vers un gouvernement légitimement élu. Des institutions comme l'Union Africaine et les Nations Unies ont appelé à des élections libres et équitables pour assurer une légitimité démocratique au gouvernement qui succéderait à Mugabe.

Cependant, cette période de transition n'était pas sans inquiétudes. Beaucoup craignaient que le changement de leadership ne mène pas à un changement réel dans la manière de gouverner. Emmerson Mnangagwa, qui a succédé à Mugabe, était un allié de longue date et avait été impliqué dans plusieurs des politiques controversées de Mugabe, y compris les expropriations de terres et la répression des opposants politiques. Sa prise de pouvoir a suscité des questions sur la possibilité d'un réel changement politique et économique.

Pour les Zimbabwéens, la démission de Mugabe a marqué la fin d'une époque difficile, mais elle a également ouvert une période d'incertitude quant à l'avenir. La population aspirait à un gouvernement qui pourrait restaurer l'économie, garantir les libertés politiques et reconstruire une nation profondément divisée.

La démission de Mugabe a ainsi laissé un héritage complexe. Pour certains, il restera le libérateur de leur nation, un héros de la lutte pour l'indépendance. Pour d'autres, il symbolisera l'archétype du libérateur devenu oppresseur. Quoi qu'il en soit, sa chute a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire du Zimbabwe, un chapitre rempli d'incertitudes mais aussi d'espoirs pour un avenir meilleur.


L'héritage et les conséquences pour l'avenir du Zimbabwe

L'héritage de Robert Mugabe et son impact sur l'avenir du Zimbabwe sont complexes et contradictoires. D'une part, il est vénéré comme un héros de la lutte de libération, ayant joué un rôle crucial dans la fin de la domination coloniale et l'établissement de l'indépendance du Zimbabwe. D'autre part, son règne est entaché par des décennies de gouvernance autoritaire, de corruption, et de déclin économique.

Sur le plan politique, l'héritage de Mugabe laisse un Zimbabwe profondément divisé. Son parti, la ZANU-PF, a dominé la politique zimbabwéenne depuis l'indépendance, souvent par des moyens répressifs. La transition vers une véritable démocratie multipartite reste un défi majeur. Le successeur de Mugabe, Emmerson Mnangagwa, a promis des réformes et une ouverture démocratique, mais beaucoup restent sceptiques quant à sa volonté et sa capacité de rompre avec les pratiques du passé.

Sur le plan économique, le Zimbabwe hérite d'une situation désastreuse. L'économie, autrefois prospère, est en ruines, avec un taux de chômage élevé, une hyperinflation et une grande partie de la population vivant dans la pauvreté. La relance économique nécessitera non seulement des réformes intérieures, mais aussi la réintégration du Zimbabwe dans l'économie mondiale, y compris la levée des sanctions internationales et la restauration des relations avec les investisseurs étrangers.

Sur le plan social, le Zimbabwe doit panser les plaies d'une nation divisée. La réconciliation nationale sera essentielle pour surmonter les divisions ethniques, politiques et sociales exacerbées sous Mugabe. Il est également crucial d'investir dans l'éducation et la santé, secteurs autrefois florissants mais gravement négligés dans les dernières années de son régime.

En termes de droits humains, le Zimbabwe doit s'engager dans un processus de justice transitionnelle pour aborder les abus commis sous Mugabe. Cela comprend la reconnaissance et la réparation des victimes de la violence politique et des expropriations de terres.

L'avenir du Zimbabwe dépendra de la capacité de ses dirigeants à tirer les leçons du passé et à s'engager dans une voie de réforme et de réconciliation. Bien que la démission de Mugabe ait ouvert une fenêtre d'opportunité pour le changement, la route vers une véritable transformation est semée d'embûches. La communauté internationale, tout en étant prudente, reste optimiste et prête à soutenir le Zimbabwe dans son chemin vers un avenir plus stable et prospère.

La démission de Robert Mugabe a marqué la fin d'une époque en Afrique. Son héritage complexe continuera d'influencer la politique et la société zimbabwéennes. La tâche de construire un Zimbabwe meilleur et plus inclusif reste immense, mais l'espoir d'un nouveau départ est désormais une réalité tangible pour le peuple zimbabwéen.

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